Philippe Sollers

 

LETTRE OUVERTE À ALAIN JUPPÉ, MAIRE DE BORDEAUX

Cher Alain Juppé,

Je m’étonne beaucoup d’apprendre que vous avez validé au nom de la ville de Bordeaux l’incroyable changement de noms de certains vins du terroir, qui deviennent des appellations du folklore chinois (via Hong Kong) et c’est ainsi que débarque chez nous le lapin impérial, le lapin d’or, l’antilope tibétaine, et la grande antilope. Je ne suis pas excessivement curieux de connaître la vie de ces animaux, n’ayant jamais rencontré, dans mon enfance à Bordeaux, le moindre lapin impérial ni la moindre antilope tibétaine. N’y a-t-il aucun moyen de réattribuer ce vin à sa source légitime, fixée par les siècles ? En tout cas, je trouve toute cette affaire consternante.

Bien amicalement à vous, cher Alain,

Philippe Sollers

 

P.-S. Une amie chinoise (heureusement pas de Hong Kong) me dit que ces appellations cocasses ne concernent que le marché chinois. Il n’en reste pas moins que j’ai vu à la télévision les plaques qui signalent ces endroits, où l’on doit chercher, je suppose, à quatre pattes, le lapin impérial. L’ancien nom français étant le Château Saint-Pierre, je pense que ces braves financiers de Hong Kong ne l’emporteront pas au paradis.

 

 

 

 

Le grand journal du soir

Europe 1, 6 février 2019

 

 

 

 

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