Depuis plusieurs décennies, l'œuvre de Dante, La divine comédie croise et hante celle de Philippe Sollers. L'écrivain l'avoue lui-même, « ce livre m'accompagne donc depuis fort longtemps, et toujours, parce que chaque fois que je le relis, il se passe toujours quelque chose de nouveau. La lecture et la vie qu'on peut mener, par ailleurs, si elles se rejoignent, sont un événement considérable. L'expérience est une expérience intérieure, qui doit révéler le chemin que nous menons en somme, de l'enfer qui n'est que trop évident, jusqu'au paradis que personne ne veut savoir. »
À travers la rencontre avec Dante, c'est également toute une réflexion sur notre relation au temps, au monde, cette tension vers le Paradis qui se déploie. C'est aussi une belle manière de mesurer la richesse du catholicisme dans sa relation à l'art, son expression de la beauté, de Giotto à Monteverdi, de Michel Ange au Bernin.
Réalisé à partir d'une conférence donnée par Philippe Sollers au Collège des Bernardins à Paris ce livre s'enrichit d'un film Vers le Paradis de Georgi Galabov et Sophie Zhang. « Il ne s’agit pas d’un documentaire, il ne s’agit pas d’une information, comme ce qui traîne partout, il s’agit que chaque plan soit pensé en fonction de chaque parole ou de chaque musique de façon à laisser entendre, vers Dante, ce que pourrait être un espace qui serait totalement changé ou des espaces, à partir d’un temps retrouvé. »
Dans le couple Philippe Sollers - Julia Kristeva, chacun aura droit à son portrait dans le cadre de la collection "Empreintes", diffusée sur France 5. C'est notre collaboratrice Sylvie Pierre-Brossolette qui réalisera le portrait de l'écrivain et Teri When-Damisch, celui de la philosophe Julia Kristeva.
Je me rappelle très bien le choc que fut la découverte de D’un château l’autre en 1957, ou de Nord, en 1960. Dès la publication d’extraits dans la NRF, j’ai senti qu’il se passait quelque chose d’essentiel. Depuis, ma fréquentation de l’oeuvre de Céline n’a pas cessé. Malgré sa réputation d'infréquentable, alors que son biologisme – ainsi qu’il faudrait définir son racisme – me paraissait en total désaccord avec son génie d’écrivain, j’ai persisté à l’admirer avec constance.
projection de Vers Dante de G.K. Galabov et Sophie Zhang
"Rien n'est plus méconnu, surtout aujourd'hui, que le Paradis de Dante, c'est-à-dire un message suprêmement catholique de connaissance, d'amour, d'émerveillement et de joie." (Philippe Sollers)
Le film que se raconte le milieu littéraire français, depuis plus de trente ans, peut d'ailleurs être décrit comme un western classique, sans cesse rejoué, avec, de temps en temps, adjonction de nouveaux acteurs. Il y a un Beau, un Bon, un Vertueux exotique, Le Clézio, et un Méchant, moi. Je m'agite en vain, Le Clézio est souverain et tranquille, il s'éloigne toujours, à la fin, droit sur son cheval, vers le soleil, tandis que je meurs dans un cimetière, la main crispée sur une poignée de dollars que je ne posséderai jamais.Modiano, lui, a un rôle plus trouble: il est à la banque, il avale ses mots, il a eu de grands malheurs dans son enfance, il est très aimé des habitants de cette petite ville culpabilisée de l'Ouest, aimé, mais pas adoré, comme Le Clézio, dont la photo, en posters, occupe les chambres de ces dames. Le Diable, ne l'oubliez pas, c'est moi. Je suis un voleur, un imposteur, un terroriste, un tueur à la gâchette facile, un débauché, un casseur, j'ai des protections haut placées, des hommes et des femmes de main, je sème la peur, je ne crois à rien, j'expierai mes fautes.